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Des familles invisibles

Des familles invisibles

Les Algériens de France entre intégrations et discriminations (1945-1985)


Histoire contemporaine



L'immigration algérienne des années 1950-1970 reste aujourd'hui largement pensée comme une immigration masculine et temporaire, logée dans des baraques de bidonvilles et des foyers Sonacotra. Dans cette perspective, l'instauration du regroupement familial en 1976 est présentée comme un tournant majeur pour la société française, à l'origine notamment de la crise des banlieues. Pourtant, entre 1945 et 1975, le nombre de familles algériennes en France était déjà passé de quelques milliers à 80 000 environ. Qui sont ces familles ? Dans quelle mesure ont-elles fait l’objet de discriminations spécifiques dans le contexte de la décolonisation ? Ont-elles majoritairement connu le parcours « du bidonville au HLM » ? Cette recherche centrée sur l’ouest de la région parisienne s’appuie à la fois sur des archives administratives et politiques, des dossiers individuels, des entretiens et sur les archives privées de Monique Hervo, « établie » dans les bidonvilles et les cités de transit de Nanterre. Elle porte à la fois sur les politiques mises en place à l’égard des familles algériennes et sur l’expérience vécue des migrants. À partir de ces matériaux inédits, une autre image de l’immigration algérienne se dessine. Celle d’une immigration familiale précocement enracinée, et de familles invisibles car, hors des bidonvilles, elles échappent à la prise en charge étatique et aux représentations misérabilistes.

Muriel Cohen

Muriel Cohen, docteure en histoire contemporaine de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur agrégée, enseigne actuellement au lycée de Stains (Seine-Saint- Denis). Ses recherches portent sur l’histoire des migrations coloniales et l’histoire du logement en France dans la seconde moitié du XXe siècle.